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sexta-feira, 14 de março de 2014

Ainda e sempre Gradiva


La jeune femme qui pose de profil – quoique légèrement de dos également – amorce un mouvement vers la droite et soulève son talon gauche. L'évocation est immédiate : sa silhouette s'inscrit, en parfaite symétrie inversée, dans la lignée de celle des ménades antiques, des nymphes de Boticelli, Ghirlandaio ou Mantegna, et de la célèbre Gradiva dont le nom signifie « celle qui avance » et dont Freud avait suspendu une reproduction au-dessus du divan sur lequel s'allongeaient ses patients, fasciné par cette « démarche inhabituelle et particulièrement séduisante », comme il l'écrivit lui-même.

A gauche : Gradiva, bas-relief grec du IVe s. av JC, copie romaine, musée du Vatican, Rome.
A droite : Détail de La Naissance de saint Jean-Baptiste, Ghirlandaio, Santa Maria Novella, Florence.

La notion de « survivance » (Nachleben) est un concept que l'on doit à l'historien d'art Aby Warburg (1866-1929). À travers son projet d'atlas en images (Bilderatlas) intitulé « Mnémosyne » (déesse grecque de la Mémoire), Aby Warburg a eu l'ambition de montrer comment des formes similaires survivent à travers le temps, pour si distinctes que soient les époques concernées et si différents les médiums artistiques en jeu. Pour cela, il accrochait côte à côte les images des œuvres, pour faire en sorte que les ressemblances et analogies formelles sautent aux yeux. Selon lui, ces formes similaires véhiculaient un même affect, raison pour laquelle il a parlé de Pathosformel : « Partout où se manifestent affect de même nature, partout revit l'image que l'art a créée pour lui. Selon l'expression même de Warburg, il naît des « formules types de pathos » précises qui se gravent de manière indélébile dans la mémoire de l'humanité. Et c'est à travers toute l'histoire des beaux-arts qu'il a traqué ces « stéréotypes », leurs contenus et leurs avatars, leur statique et leur dynamique, explique Ernst Cassirer dans Logique dessciences de la culture.

Bilderatlas "Mnémosyne", Aby Warburg, planche 47.

Ce qu'il y a de particulièrement fascinant à travers cette silhouette spécifique dans la série de laquelle s'inscrit l'affiche du Bon Marché, c'est la double présence d'une mise en mouvement et en même temps d'une fixation, d'une amorce et d'un terme, d'un élan et d'une posture terre-à-terre, d'un flottement et d'une détermination. La figure est « en mouvement » et « en fossile », incarnation ou allégorie exacte de ce qu'est une « survivance », comme le relève Georges Didi-Huberman dans son passionnant opus L'Image survivante : « Telle est bien la double puissance, la double ténacité des choses survivantes : ténacité de ce qui reste, fût-il enfoui, par pétrification ; ténacité de ce qui revient, fût-il oublié, par souffles de vent ou par mouvements fantômes. »
En s'inscrivant dans la même série que les Ninfa ou que la Gradiva, l'affiche du Bon Marché nous amène aussi à réfléchir à la nature de la mode : cette dernière ne relève-t-elle pas précisément de la double logique de la « survivance » ? Reprise de motifs des modes passées et amorce de l'inédit, éternel retour du même repris au goût du jour, répétition dans la différence (ou différence dans la répétition) : l'être-phénix de la mode est indéniable. Il serait d'ailleurs intéressant decomposer un Bilderatlas de la mode à la manière de la Mnémosyne d'Aby Warburg : relever comment les images de mode véhiculent des « survivances » (les mannequins qui posent ou défilent font tout à la fois penser à des apparitions et à des fantômes parfois), comment aussi les coupes, les matières, les plissés, de nos vêtements déterminent le corps à la répétition de silhouettes tout à la fois fugaces et éternelles, comment des allures véhiculent des affects. Mnémosyne étant la mère des neuf muses, cette œuvre de mémoire vive serait un thème d'exposition passionnant pour un « musée » de la mode.

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